Didier BreteauLa Provence en couleurs
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Les deux heures auxquelles je me fie

Pourquoi je ne peins qu'au premier jour et à la dernière heure avant le crépuscule — et ce que je fais du reste de la journée.

Les deux heures auxquelles je me fie

On s'imagine qu'un peintre travaille quand l'atelier est le plus clair. Je fais l'inverse. Le milieu du jour aplatit tout ; la lumière y est honnête, mais elle n'a pas d'opinion. Ces heures-là, je les garde pour marcher.

La lumière à laquelle je me fie vient deux fois. Au premier jour, la vallée hésite encore sur la couleur qu'elle va prendre, et pendant quarante minutes peut-être elle vous prête une Provence qui ne survivra pas au petit-déjeuner. Puis, à la dernière heure, tout le pays penche vers l'or et le violet, comme s'il savait qu'on allait vous l'enlever.

Je peins donc en deux courtes séances et je passe le long milieu du jour à regarder. Mes voisins me croient oisif. Je travaille alors plus dur qu'au chevalet — j'apprends le lieu assez bien pour que, lorsque la lumière vient, je sache déjà où tout se trouve.

Signed, D. Breteau